Danielle Bohler

  • Ce volume se propose comme un atelier de réflexion sur un thème d'une complexité extrême, la Souillure, qui sollicite toutes les disciplines des sciences humaines, dans le cadre du LAPRIL propice aux regards qui se croisent et aux voix qui échangent : la création littéraire dans la longue durée, la psychanalyse et l'anthropologie, les traditions orales tout comme les arts visuels.
    Il s'agit d'explorer l'imaginaire de la marque douloureuse : celle qui dénonce, stigmatise et exclut, ou celle que s'inflige l'être obsédé par un événement traumatique, maintenu secret au plus profond de soi, mais toujours susceptible d'être livré aux regards. Honte, culpabilité, violence du stigmate, perception des identités blessées, tous ces affects s'associent et s'entrechoquent. Mais la Souillure se prête également au jeu du leurre, à la manipulation des mots, comme le disait Tartuffe : "Chaque instant de ma vie est chargé de souillures".
    Faute prétendue, marque infligée par les mots et les gestes, purgation d'un espace communautaire dont l'Histoire fut malheureusement scandée, alors que la purification sut prendre parfois la dimension d'une quête de perfection : abordée et scrutée dans ces complexités, la notion de Souillure doit être évaluée en diachronie. Des études de cas, exposées aux côtés d'évaluations philosophiques, pourront se clore sur la force des fonctions mythique et symbolique.
    Tourments de l'espace intime, infamies cruellement imposées, hantise de la faute : la Souillure apparaît de tous les temps, événement paradoxal auquel nulle culture ne peut échapper.

  • L'automne du Moyen Âge est flamboyant : la richesse des productions artistiques, le nombre des manuscrits superbement illustrés, les rituels des cours et des villes, le foisonnement des textes littéraires, dans une synchronie embrassant les 14e et 15e siècles jusqu'à l'aube de la Renaissance, témoignent d'un dynamisme remarquable. La passion des bibliophiles anime les commandes de livres, et les témoignages de leurs lectures révèlent des goûts et un souffle nouveaux. Face aux héritages des siècles passés, qu'en est-il du Romanesque à la fin du Moyen Âge ? Ce volume rassemble les questions débattues, au cours d'une rencontre pluridisciplinaire, par des spécialistes du livre manuscrit et imprimé, par des historiens d'une littérature dont les richesses restent à découvrir. idéal et émotions héroïques, imaginaire chevaleresque et modèles de comportement, emprises et pas d'armes puisent leurs schèmes dans l'écrit littéraire. ainsi la vie se dessine-t-elle comme un roman. Faire resurgir des figures légendaires dans des contextes inattendus, allier l'épique et le roman, investir de nouveaux rêves : les normes culturelles engendrent leurs écarts, dans la dynamique d'un miroir et de la mémoire. La tradition remise en question démythifie l'héritage courtois, mais la littérature du passé est fécondée par une esthétique nouvelle et des démotivations surprenantes. L'image désormais s'inscrit puissamment dans le texte, dont la perception visuelle sollicite l'interprétation. Réécritures et mouvances littéraires témoignent d'un goût pour un style romanesque, qui remodèle l'espace social.

  • Aux parcours vers le souvenir, vers les empreintes, les flux et leurs ruptures, à ces quêtes délicatement cernées par des voix venues d'un horizon pluridisciplinaire, succède un nouvel ensemble de contributions qui s'attachent aux textures des mémoires collectives. Ce deuxième colloque que le LAPRIL consacre au Temps de la mémoire conforte la richesse et la portée du thème exploré : en associant le secret des mémoires individuelles au souci des mémoires partagées, il se révèle pourvu d'une belle cohérence. Soi et les autres : les problématiques sont d'une vive actualité et déborderont sans nul doute le cadre des colloques. Fertilisant de futurs échanges, leur fonction essentielle s'affirme largement dans les croisements de moissons issues des diverses cultures. Ainsi le LAPRIL prouve-t-il la fécondité de l'interdisciplinarité et de l'interculturalité, l'importance d'une anthropologie de la mémoire et de ses racines, en éclairant les processus mémoriels qui engagent le Moi et l'Autre.

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