Philippe Claudel

  • LA PETITE FILLE DE MONSIEUR LINHC'est un vieil homme debout à l'arrière d'un bateau. Il serre dans ses bras une valise légère et un nouveau-né, plus léger encore que la valise. Le vieil homme se nomme Monsieur Linh. Il est seul désormais à savoir qu'il s'appelle ainsi. Debout à la poupe du bateau, il voit s'éloigner son pays, celui de ses ancêtres et de ses morts, tandis que dans ses bras l'enfant dort. Le pays s'éloigne, devient infiniment petit, et Monsieur Linh le regarde disparaître à l'horizon, pendant des heures, malgré le vent qui souffle et le chahute comme une marionnette. P. C.

  • Au lendemain de la seconde guerre mondiale, dans un petit village frontalier d'Alsace Lorrraine, isolé par les montagnes, Brodeck établit de brèves notices sur l'état de la flore, des saisons, un travail sans importance pour son administration. Il ne sait même pas si ses rapports parviennent à destination. Depuis la guerre, les courriers fonctionnent mal. Le maréchal-ferrant du village lui demande de consigner les événements qui ont abouti au dénouement tragique sans ajouter de détails inutiles. Miraculé des camps de concentration, Brodeck s'est appliqué à tout oublier et surtout, il n'a jamais essayé de lever le voile sur l'éventuelle culpabilité des villageois dans les horreurs qui ont touché son entourage.

  • Une île sur laquelle une petite communauté vit de la pêche, de la vigne, des oliviers et des câpriers, à l'écart du fracas du monde. Jusqu'au jour où trois cadavres s'échouent sur ses rives. Que faire d'eux ? Bousculés dans leur tranquillité, les habitants se trouvent alors face à des choix qui révèlent leur petitesse, leur humanité ou leur égoïsme. Roman policier tout autant que conte philosophique, L'Archipel du chien s'inscrit dans la veine des Âmes grises et du Rapport de Brodeck.Philippe Claudel use du ton affûté d'une parabole, tendue, sans issue, brûlante. Olivia de Lamberterie, Elle.Une fable sur la noirceur de la nature humaine. C'est aussi un roman allégorique et mystérieux, plein de suspense, parfois insoutenable. Mohammed Aïssaoui, Le Figaro littéraire.

  • A l'hiver 1917, dans un village du nord de la France tout près duquel les combats font rage, une fillette d'une dizaine d'années est retrouvée morte, assassinée sur le bord d'un petit cours doeeau.
    Des années plus tard, retraité, le policier qui a mené l'enquête raconte ce qui a suivi. Qui a tué Belle ? Un maraudeur de passage ? Le petit soldat breton déserteur ? La solidarité de classe n'aurait-elle pas épargné le coupable en la personne du procureur Destinat, personnage impitoyable et glacé ? Et comment expliquer le suicide de la jeune institutrice, Lysia, si pleine de vie ?
    A partir d'une énigme à la Simenon, Philippe Claudel a construit un roman puissant, à la progression dramatique impressionnante, tableau saisissant d'une France provinciale plongée dans le cauchemar de la guerre. Il a aussi analysé, avec une lucidité et une finesse psychologique sans faille, les rapports troubles que le bien et le mal entretiennent en chacun de nous, faisant à jamais de nos âmes des « âmes grises ».
    Couronné par le prix Renaudot 2003, ce roman a revécu à l?écran dans le film d'Yves Angelo, magistralement interprété par Jean-Pierre Marielle et Jacques Villeret.

  • Créée en 1996, la section française de l'Observatoire international des prisons (OIP) se bat pour le respect des droits et de la dignité dans les prisons françaises et milite pour la réduction du recours à l'emprisonnement. En vingt-cinq ans, l'association est devenue un interlocuteur essentiel pour les détenus mais aussi pour l'ensemble des personnes qui s'intéressent à la question carcérale. Elle est par ailleurs une force de proposition respectée des institutions qui sollicitent régulièrement son analyse. Pourtant, alors que la prison reste un espace de non-droit, l'Observatoire n'a jamais été aussi peu soutenu financièrement par l'État. Au point que son existence est menacée.
    C'est pour réaffirmer les valeurs qui sont au fondement de son action que des écrivains s'associent au combat pour sa défense. Leurs textes rappellent à quel point la prison hante nos consciences malgré les mécanismes d'occultation de sa dure et proche réalité. Chacun y raconte, dans une grande diversité de forme et de ton, son lien à ce lieu de relégation et dénonce le scandale de sa persistante inhumanité.
    Les bénéfices de ce livre sont reversés à l'OIP

  • Fantaisie allemande

    Philippe Claudel

    Philippe Claudel cite en exergue le si réaliste Thomas Bernhardt : « L'Allemagne a une haleine de gouffre. » Terrible formule qui trouve sa réalisation dans ce roman décomposé où les personnages reviennent, comme dans une ronde que même la mort ne peut interrompre. Un soldat (un déserteur ? un rescapé ?) croit trouver refuge et trouve la fin. Un homme âgé ressasse un passé qui n'en finit pas, et l'on apprend qu'il est le père de Viktor. Qui est Viktor ? Un soldat ou un salaud, ou les deux ? Une fille mal dégrossie, cruelle, maltraite le pensionnaire d'un hospice, mais qui est le plus cruel d'entre eux, puisque l'homme si paisible chantonne à son heure des marches nazies ? Le peintre expressionniste allemand Franz Marc est-il mort à Verdun en 1916 ou au contraire au cours de l'Aktion qui élimina les handicapés physiques et mentaux ? Qu'est-ce que la petite (« die Kleine ») va faire du cadavre carbonisé couché en gisant dans l'usine où elle s'égare et joue ?

  • « Qu'est-ce que c'est les vivants ? À première vue, tout n'est qu'évidence. Être avec les vivants. Être dans la vie. Mais qu'est-ce que cela signifie, profondément, être vivant ? »   Un cinéaste au mitan de sa vie perd son meilleur ami. Cette disparition l'amène à plonger en lui-même, à méditer et à réfléchir sur la mort et sur la part que les morts occupent dans notre existence. Il choisit d'aller au-delà du désarroi et du chagrin.
    Entre présent et passé, dans la mémoire des visages aimés et la lumière des rencontres inattendues, L'Arbre du pays Toraja célèbre les promesses de la vie.
      Un roman fort, remarquablement écrit et que l'on ferme à regret. Anne Michelet, Version Femina.
      Ce livre est une beauté, une délicatesse. Marine de Tilly, Le Point.
      Un chef-d'oeuvre. Pierre Vavasseur, Le Parisien.
      Un récit terriblement vivant.
    Pascale Frey, Elle.

  • « L'acte de donner son sang repose souvent sur un déclic.
    Un être cher malade ou accidenté, une rencontre décisive, une prise de conscience soudaine... J'espère que la lecture de cet ouvrage sera votre déclic à vous, pour franchir le pas et sauver quelques vies, grâce à celle qui coule dans vos veines. » Agnès Ledig L'histoire du don de sang, ce sont d'abord ceux qui partent, toujours trop tôt : c'est l'oncle Maurice, qui est tombé de vélo et ne s'est jamais relevé ; c'est Lou et sa longue cicatrice qui court du bras au cou ; mais ce sont aussi ceux arrivés trop tôt, que leur époque n'a pas entendus, comme Jean-Baptiste Denis, au XVIIe siècle, dont les expériences scientifiques allaient pourtant changer le regard sur la transfusion sanguine et bouleverser le cours de tant de vies.

  • Nous sommes devenus des monstres. On pourrait s'en affliger. Mieux vaut en rire.

    Il faut aimer l'humour noir. Accepter le troisième degré et sourire aux pires horreurs. Marianne Payot, L'Express.

    Cette galerie de monstres est la liste de nos dégoûts. Jérôme Garcin, L'Obs.

    Un disciple inspiré et très exact de Swift. Jean-Louis Ezine, Le Magazine littéraire.

  • Cet ouvrage rassemble principalement les textes très personnels écrits par Philippe Claudel dans l'hebdo Le 1 sur le smic, sur la prison, sur l'aliénation du travail en particulier, ainsi que deux nouvelles, l'une sur la séduction (Eyes wide shut), l'autre sur un homme aux pulsions criminelles (Le Voisin).
    Philippe Claudel, prix Renaudot, traduit dans plus de 40 langues, a aussi prévu de sélectionner des textes inédits et/ou publiés dans des revues sur des thèmes qui lui sont chers (en particulier sur la prison).

  • Les oeuvres peintes sont souvent de grands miroirs qui nous invitent à nous contempler. Notre matière profonde se mêle à celle que le peintre a déposée sur la toile. Ainsi naissent des frères parfois. Emile Friant, bien que né un siècle avant moi, en est un. Dans ce roman, j'ai voulu parler de lui, et parler de moi à travers lui, mener en quelque sorte une conversation imaginaire et sincère. Il s'est écrit alors que j'avais publié deux ou trois livres seulement, et il y en a eu bien d'autres depuis, mais de tous, c'est celui qui a laissé le plus de traces en moi.
    Sans doute parce qu'il recèle une fraîcheur et un élan que le temps n'est pas parvenu à faner P. C. Une très douce évocation. Le tableau touchant et précieux d'une "vie minuscule" . Jean-Claude Raspiengeas, La Croix.

  • « En dressant l'inventaire des parfums qui nous émeuvent - ce que j'ai fait pour moi, ce que chacun peut faire pour lui-même -, on voyage librement dans une vie. Le bagage est léger. On respire et on se laisse aller. Le temps n'existe plus : car c'est aussi cela la magie des parfums que de nous retirer du courant qui nous emporte, et nous donner l'illusion que nous sommes toujours ce que nous avons été, ou que nous fûmes ce que nous nous apprêtons à être. Alors la tête nous tourne délicieusement. » P. C.

  • Viens donc Jules, disait au bout
    d'un moment un buveur raisonnable,
    ne réveille pas les morts, ils ont bien trop de choses à faire, sers-nous donc
    une tournée...
    Et Grand-père quittait son piédestal,
    un peu tremblant, emporté sans doute par le souvenir de cette femme qu'il avait si peu connue, si peu étreinte,
    et dont la photographie jaunissait
    au-dessus d'un globe de verre enfermant une natte de cheveux tressés qui avaient été les siens, et quelques pétales de roses à demi tombés en poussière. Il saisissait une bouteille, prenait son vieux torchon à carreaux écossais et, lent comme
    une peine jamais surmontée,
    allait remplir les verres des clients.

  • Compromis

    Philippe Claudel

    • Stock
    • 2 Janvier 2019

    Deux amis de trente ans dans un appartement vide. L'un est un comédien médiocre, l'autre un dramaturge raté. Le premier vend l'appartement et a demandé au second d'être présent lors de la signature du compromis, pour rassurer l'acheteur. Car s'il écrit de très mauvaises pièces, il a tout de même un visage rassurant. C'est sa grande qualité. La seule ? On attend l'acheteur. D'ailleurs, acheteur ou pigeon ? En l'attendant on parle. On se flatte. On se caresse. On se moque. On se taquine. Cela glisse peu à peu. On se blesse en se lançant à la face ce que l'on retient depuis longtemps. Et l'acheteur finit par arriver, qui va assister à un règlement de comptes, farcesque mais sans concession, entre les deux amis. Va-t-il en demeurer le spectateur, en devenir l'arbitre ou en être au final la seule victime ? La vie nous réserve tant d'occasions de nous compromettre pour garder le peu qu'elle nous donne, et parmi cela l'amitié, qui se nourrit bien souvent de compromis.

  • Rappelez-moi le but exact de votre visite ? - À vrai dire, ce n'est pas vraiment une visite. Je dois enquêter sur les suicides qui ont touché l'Entreprise. - Les suicides ? Première nouvelle... On me les aura sans doute cachés. Mes collaborateurs savent qu'il ne faut pas me contrarier.
    Des suicides, pensez donc, si j'avais été au courant, Dieu seul sait ce que j'aurais pu faire ! Des suicides ? » Ph. Cl.Grâce à ce petit livre subtil, Philippe Claudel nous montre à quel point la fiction peut saisir le réel. Fascinant. François Busnel, L'Express.Récit d'une longue marche vers le néant, interrogation sur le sens de la vie et cri d'alarme, cette « Enquête » bien menée fascine, où Philippe Claudel se situe du côté de Kafka et d'Aldous Huxley.
    Marie-Françoise Leclère, Le Point.

  • L'Ardenne, ses brumes, ses forêts, sa lenteur. Les cités endormies dans les boucles de la Meuse s'enfoncent dans le temps, entre mystères et légendes. C'est dans une de ces villes, Feil, que le narrateur, fils de putain, grand amateur de Baudelaire et de Nerval, va tenter d'oublier Paule qui vient de mourir dans la splendeur de ses trente ans. En 1999, Philippe Claudel avec ce premier roman fait son entrée remarquée en littérature.
    Chant d'amour, célébration de la femme, de la sensualité, de la mémoire et de la poésie, Meuse l'oubli est aussi un hommage aux gens de peu, aux existences modestes et aux paysages qui sont les reflets de nos âmes.

  • A l'occasion de la mort de sa mère, et après des années d'éloignement, le narrateur revient dans la petite ville où il a grandi. Le paysage est noyé sous les eaux. Il lui est difficile de reconnaître les lieux, les chemins, les visages, comme il lui est difficile de se confronter à sa propre mémoire, aux questions sourdes, aux secrets enfouis. Les mots parfois peuvent blesser davantage que les silences mais cela, on ne le comprend pas toujours.
    Roman de réconciliation par-delà la mort, roman d'amour pour une mère, Quelques-uns des cent regrets prend au coeur. Construit comme une tragédie grecque, il possède la force et la simplicité des existences dont il se fait l'écho.

  • vingt histoires, à dévorer, à murmurer, à partager. vingt manières de rire
    et de s'émouvoir. vingt prétextes pour penser à ce que l'on oublie et pour voir ce que l'on cache.
    vingt chemins pour aller du plus léger
    au plus sérieux, du plus grave au plus doux.
    vingt façons de se souvenir de ce qu'on a été et de rêver à ce que l'on sera.
    vingt regards pour saisir le monde,
    dans sa lumière et dans ses ombres.
    vingt raisons de rester des enfants
    ou de le redevenir. vingt sourires.
    vingt bonheurs.
    vingt battements de coeur.

  • « Nous sommes des hyènes. C'est le surnom que l'on nous a donné dans le petit cercle où nous exerçons. Je déteste ce nom. Il me fait mal jour et nuit. Notre tâche consiste à préparer les familles dont un des membres vient de décéder à accepter une demande particulière. Nous leur apprenons sa mort et dans le même temps ou presque nous tentons d'obtenir l'autorisation de prélever sur son corps de multiples organes. » P. C.

    Veuf, dégoûté par son travail et la laideur du monde, le narrateur, père d'une petite fille de vingt et un mois, est au bord de l'effondrement. J'abandonne est le cri de détresse d'un homme qui, pour l'amour de sa fille, doit retrouver la force de vivre.

    « Un roman noir qui est aussi une histoire d'amour. » Olivier Barrot, Un livre, un jour.

  • Philippe Claudel Le Bruit des trousseaux « Le regard des gens qui apprenaient que j'allais en prison. Surprise, étonnement, compassion. « Vous êtes bien courageux d'aller là-bas ! » Il n'y avait rien à répondre à cela. Le regard me désignait comme quelqu'un d'étrange, et presque, oui, presque, quelqu'un d'étranger. J'étais celui qui chaque semaine allait dans un autre monde. Je pensais alors au regard qui se pose sur celui qui dit : « Je sors de prison. » Si moi, déjà, j'étais l'étranger, lui, qui était-il pour eux ? » P.C.

  • « Ce qui me plaît dans la montagne comme dans l'écriture, c'est de me trouver confronté à quelque chose qui me dépasse, de façon humaine, et d'essayer d'y trouver ma voie, que ce soit sur une paroi ou dans un roman ».
    Passionné d'escalade et d'alpinisme, amoureux de littérature alpine, admirateur des pionniers des sommets, Philippe Claudel nourrit depuis l'enfance une passion viscérale pour le milieu d'altitude. Espace physique, mais aussi livresque, la montagne entretient de nombreuses analogies avec l'écriture : l'alpiniste et l'écrivain, des conquérants de l'inutile ? Tous deux se rejoignent dans ce lieu essentiel, empreint de passion et d'humilité.

  • Il y a tant de raisons possibles pour qu'un livre ne voie jamais le jour, qu'il semble quasi miraculeux qu'un beau matin quelqu'un ait pris la plume et soit parvenu à en écrire un. Avec une délicieuse fantaisie, Philippe Claudel passe en revue une litanie d'écrivains en devenir, de malheureuses victimes de la littérature, soumises à de pathétiques aléas, à des imprévus aussi cocasses que farfelus.

  • Il me semble souvent que j'écris des romans comme le ferait un cinéaste, et j'ai eu le sentiment très net de réaliser mon film, Il y a longtemps que je t'aime, comme un écrivain compose un roman. Une fois le tournage passé, une fois le film achevé, je n'en avais pas fini avec l'aventure. Le désir de la réexplorer avec le recul, et avec les mots - ceux de l'écrivain ? ceux du cinéaste ? -, s'est alors imposé. J'ai songé aux décors, aux comédiennes, aux techniciens, au cadre, aux figurants [...]. Bref, j'ai tenté de constituer un making of d'un genre particulier qui ferait comprendre la double nature qui est la mienne. Et il me semble aujourd'hui, grâce à ce petit livre qui peut se lire aussi comme une autobiographie fragmentée, tendre encore davantage la corde sur laquelle j'essaie de cheminer, depuis longtemps déjà. P. C.

  • Trois histoires à la mémoire d'une industrie en voie de disparition, celle du jouet (région de Franche Comté). D'abord celle d'un riche industriel, M.Framottet, s'offrant comme jouet une des premières automobiles (dans les années 1900), ce qui va faire basculer sa vie entière. Puis, le tragique sort de Firmin, ouvrier tourneur, qui perdra ses mains d'artisan durant la Grande guerre. Enfin, celle de cet employé retrouvant son émouvante mémoire d'enfant orphelin grâce à un Pierrot découvert dans la vitrine d'un musée.

empty