Pu De Bordeaux

  • Un intérêt renouvelé pour l'histoire des représentations de l'architecture a été éveillé par la floraison, depuis quelques années, de nouveaux supports d'image, dotés de moyens techniques nouveaux, grâce auxquels l'imaginaire architectural a pris une ampleur inédite : les jeux vidéo, les productions cinématographiques, la bande dessinée ou le roman graphique ont donné au décor une place prépondérante et l'architecture, mémorielle ou futuriste, y occupe une place de premier plan. Dès l'Antiquité, les architectures fictives jouent un rôle majeur dans le décor public ou privé ; aux époques médiévale et moderne elles investissent la littérature, mais aussi les arts visuels, notamment dans leur application aux décors feints du théâtre, des fêtes royales, des palais, voire même dans la peinture où les édifices imaginaires envahissent les arrière-plans. Le présent volume a pour objet les rapports entre l'architecture et les autres arts à travers la question des architectures « rêvées », qu'il s'agisse de transposer l'architecture par le langage ou l'art pictural, ou d'imaginer des formes nouvelles entretenant avec les constructions existantes des rapports complexes, fondés sur l'emprunt, l'hybridation ou la réinvention. Les contributions réunies couvrent un large éventail de manifestations artistiques (scénographie, installations, design, dessin, gravure) et de formes littéraires (poésie, roman, textes théoriques). Après une première publication consacrée à l'Antiquité, le volume est centré sur les époques moderne et contemporaine.

  • Les auteurs de cet ouvrage élaborent une pensée critique sur la dimension conflictuelle véhiculée par divers objets de la création artistique. Cette dimension conflictuelle - celle qui génère la polémique, la provocation, le scandale - nait parfois d'un écart esthétique avec les oeuvres antérieures, d'un contexte culturel bousculé, d'une réception vécue comme inacceptable. Elle peut être générée intentionnellement lors de la production ou relever de la réaction violente d'un public récalcitrant. Les stratégies polémiques explicites ou implicites (allusion, ironie, sarcasme...) font l'objet d'approches diverses (linguistiques, rhétoriques, stylistiques, philosophiques et sociologiques) qui instaurent l'oeuvre comme inédite et singulière.
    Des chercheurs en art, en littérature, en sciences humaines ont étudié les oeuvres ou les performances qui innervent la sphère publique par des débats controversés qu'elles suscitent, en mesurant leur valeur heuristique, leur portée subversive.
    L'empreinte dionysiaque des oeuvres d'art s'arrime aux forces que constituent pour elle la polémique, la provocation, le scandale et qui leur confèrent rayonnement et apport incomparable à la pensée renouvelée du monde et de sa complexité.

  • L'ouvrage est le premier volume de trois consacrés à l'intime et à ses variations. Il rayonne de l'Antiquité gréco-latine à l'époque contemporaine.
    Le mot intime provient du superlatif latin intimus (comparatif interior), « ce qui est le plus intérieur ». C'est la prise de conscience de l'existence d'un « dehors » et d'un « dedans » qui entraîne l'idée de soi.
    Dans une première partie, des articles d'archéologues et d'historiens montrent que l'espace réservé à l'intime dans les demeures est une lente conquête. Dans une seconde partie, c'est la naissance de l'espace intérieur de l'intime qui est interrogée par des chercheurs spécialistes de philosophie et de littérature latines. La troisième partie envisage l'intime comme construction de l'individu « moderne » à travers l'étude des pratiques du soin de soi, en lien avec une histoire du corps, mais aussi avec une histoire des femmes dont l'« intimité » pose question aux hommes. La quatrième partie envisage des scénographies littéraires de l'intime à partir de quelques cas particuliers.

  • Jean Vauthier est un poète de la scène. Auteur d'une oeuvre ardente, toute pétrie de sueur et de sang battant, il jette sur le plateau des âmes incandescentes. En musicien du théâtre, il fait vibrer les corps et les voix, toujours en démesure.
    À l'heure de son centenaire, Vauthier mérite d'être redécouvert.
    Avec Beckett, Genet, Ionesco, Schéhadé ou encore Audiberti, l'auteur de Capitaine Bada et du Sang appartient à la génération des dramaturges du Théâtre Nouveau qui a émergé sur les scènes parisiennes après la Seconde Guerre mondiale. Commencée en 1951, sa riche carrière théâtrale le voit collaborer avec certains des plus grands de son époque, débutants prometteurs ou valeurs reconnues - Gérard Philipe, Jean-Louis Barrault, Marcel Maréchal, Jorge Lavelli, Claude Régy, Patrice Chéreau.
    Son oeuvre est d'une incontestable originalité. Auteur classé dans l'avant-garde, mais qui déclare ignorer tant Beckett que Ionesco, à l'écart de la vogue brechtienne, amoureux du verbe poétique à l'heure de la tragédie du langage, novateur peu préoccupé d'innovation, Vauthier n'a voulu être que Vauthier. À travers les empêchements de tous ordres, il a su construire une oeuvre forte et sans équivalent, s'attachant à ne suivre qu'un seul fil, celui que Schéhadé, cousin lointain, nomme « le fil d'or de la poésie » - mais d'une poésie profondément dramatique.
    « Vouloir être de son temps, c'est déjà être dépassé », disait Ionesco. L'auteur de Capitaine Bada n'a assurément pas voulu être de son temps. Si Ionesco dit vrai, Vauthier a sans doute ses chances, pour aujourd'hui ou pour demain.

    Yannick Hotfert est maître de conférences à l'Université Nancy 2. Il y enseigne le théâtre et la littérature du vingtième siècle.

  • Dédié à la notion de charme, négligée par la recherche universitaire, l'ouvrage rayonne de l'Antiquité gréco-latine à l'époque contemporaine. Le charme est un sujet au carrefour de plusieurs disciplines, difficile à définir, car il n'est pas un concept philosophique reconnu et a donc été très peu théorisé.
    Notion éminemment subjective, le charme contient une part d'inattendu, d'incertain. Il s'oppose à l'habituel, à la routine, aux normes et aux cadres.
    Il désigne tout ce qui est léger et fugitif, vague et vaporeux, échappant ainsi aux tentatives de théorisation. Il comporte une part de mystère, il est au rebours du prévisible et suscite toujours la surprise. Il laisse deviner un monde inconnu qui attire et fascine. Il est promesse de nouveauté et d'imprévu ; promesse de plaisir, de bonheur possibles. C'est l'appel du rêve, de l'imaginaire. C'est la porte ouverte vers un possible indéterminé, vers une transcendance possible.
    L'ouvrage s'organise thématiquement en quatre parties pour mieux interroger cette notion fugace qui, jusque-là, n'a donné naissance à aucune étude approfondie : après un chapitre liminaire inaugurant la réflexion, le charme est tour à tour étudié dans ses rapports à la musique, à la peinture, dans les paysages ou les personnages littéraires, enfin, dans la chair même des textes ou des livres.
    Ce nouveau numéro d'Eidôlon s'inscrit pleinement dans la tradition propre au LaPRIL : confronter plusieurs approches sans aucune fermeture méthodologique et combiner la pluridisciplinarité qui est un fondement essentiel des études sur l'imaginaire.

  • L'intime est un concept difficile à cerner. S'il est une impulsion essentielle de toute créativité, c'est surtout dans la littérature que la « pulsion vers l'intime » se déploie. Peut-on représenter, écrire, partager l'intime ? La difficulté est double : dire ou écrire l'intime, c'est perdre la qualité d'intime ; mais le taire, c'est se condamner à ne pas le connaître, à ne pas le faire connaître. L'ouvrage, en croisant les regards de chercheurs spécialistes de psychanalyse, de littérature ou d'histoire, offre un ample panorama de la richesse extraordinaire des écritures à la première personne, à travers un parcours chronologique qui fait voyager le lecteur de l'Antiquité à nos jours à travers des correspondances, des mémoires, des autobiographies, des écrits du « for privé », des poèmes ou des récits en prose.

  • Comme dans la science-fiction, le récit littéraire ou filmique d'anticipation politique, à partir de données fournies par les sciences et la technique de l'époque de sa création, projette le lecteur ou le spectateur dans une société future. Mettant l'accent sur une rupture avec l'Ancien Monde (à la suite d'une guerre ou d'un cataclysme), il imagine de nouvelles façons de vivre, généralement façonnées par une technique très développée et un pouvoir autoritaire. Influencé par l'utopie, mais relevant le plus souvent de la contre-utopie (dystopie), il décrit volontiers des sociétés totalitaires, un monde absurde auquel le présent conduirait presque inéluctablement, ce qui implique une critique politique de l'époque contemporaine. Il revêt ainsi un caractère prophétique et constitue une réflexion sur le pouvoir, ainsi que sur la notion même de civilisation.

  • L'inflation du Moyen Âge dans nombre de pratiques modernes est sidérante : depuis le théâtre et l'opéra du XIXe siècle jusqu'aux plus récents jeux sur Internet, depuis les reconstitutions historiques érudites jusqu'aux univers de Fantasy qui triomphent dans les fictions et les jeux de rôles... Comment expliquer la séduction de cette période privilégiée dans notre imaginaire ?
    Le livre rassemble une trentaine de contributions. Il est complété par un DVD-ROM qui fournit de nombreux documents iconographiques et audiovisuels souvent inédits ou introuvables : outre les illustrations des articles, on y trouvera le fac-similé d'une pièce du XIXe siècle, des extraits de concert de musique médiévale, une riche documentation sur les jeux de rôle grandeur nature ou sur le banquet médiéval imaginé par Pierre Loti en 1888.

  • L'ensemble des contributions réunies dans cet ouvrage part de l'hypothèse selon laquelle, au XXe et au XXIe siècles, la littérature française présente quatre moments décisifs dans une évolution articulant une critique de l'écriture comme miroir de la réalité et du réel à un questionnement du langage et à un dépassement tendanciel des genres et de leur cloisonnement, avec pour perspective l'émergence de livres qui subsument l'opposition du vécu et de la fiction, de la prose et de la poésie, et redéfinissent «en actes» les catégories de récit, de roman et d'autofiction.
    Ces scansions correspondent au surréalisme, au Nouveau Roman, à Tel Quel et, dans la dernière période, à l'essor de la littérature à caractère autobiographique au sein de laquelle émerge en particulier une «hétérographie» ou un «roman du Je», selon la terminologie suggérée par Philippe Forest. Récuser le réalisme du XIXe siècle n'a pas en effet pour corollaire de se détourner du réel et de la réalité dont on peut essayer de s'approcher en mariant l'appris avec le vécu, les potentialités de notre appareil psychique avec les ressources de la virtualité.
    Si le langage a été «donné» aux humains pour qu'ils en fassent un usage surréaliste (André Breton), les mots et les phrases font alors l'amour, et «s'enfilent» les uns les autres et les uns aux autres. Néanmoins le spectacle auxquels ils nous convient est d'autant plus renversant s'il demeure étranger à celui que l'on goûte derrière une glace sans tain, nous invitant au contraire à nous départir du cliché et de «l'universel reportage» (Stéphane Mallarmé).
    Revivifier la langue et une narration exténuées par le positivisme et le naturalisme d'une communication «marchandisée» suppose de mettre en relation les phénomènes par le truchement de l'association et de mobiliser ce que l'on sait du monde, en envisageant ses représentations sous le prisme de la physique et de la technologie, lesquelles remodèlent notre champ sensible et les modalités de notre intellection.
    Ecrire impose donc de (nous) rendre visibles les tangentes (ou les sutures) réunissant les pièces constitutives du réel et de la réalité.

  • L'histoire des tout débuts du christianisme pose à l'enquêteur de faits historiquement assurés des obstacles considérables. Les textes de référence informative n'ont pas pour objectif premier l'objectivité historique. Leur transformation par les Églises chrétiennes en livres sacrés ne correspond pas non plus à leur objectif initial.
    Trois questions sont abordées : les fragments méconnus ou discutés de la vie de Jésus, tels qu'ils sont rapportés par les Évangiles et interprétés par la tradition ; l'origine et les objectifs du texte connu sous le nom d'« Apocalypse de saint Jean », texte énigmatique qui a eu du mal à être intégré aux textes canoniques du christianisme ; une révision de l'histoire des persécutions des chrétiens, au cours des quatre premiers siècles de l'Empire romain païen, où la théologie appliquée à l'histoire et l'inspiration poétique ont détourné moins de la réalité historique que du sens donné par une tradition à la fois victimaire et triomphaliste.

  • Contrafacta, fricassées, timbres ou reprises, du Moyen Age au XXe siècle, la chanson a toujours goûté le plaisir de la création seconde, pour mieux enchanter l'auditeur.
    Mais sont- ce seulement quelques récréations que ces compositions entées ? En montrant comment elles sont éclairées par et éclairent à leur tour la poétique de l'intertextualité, l'objet de cet ouvrage est de montrer la portée re-créatrice de ces oeuvres entées. Ce parcours à travers les âges et les domaines linguistiques expose à la fois la vitalité des recherches cantologiques actuelles et celles des travaux sur la théorie de l'intertexte.

    Comme espace du topos et de la parole mémorielle, la chanson est, entre autres manifestations de la poésie orale, particulièrement perméable aux procédés d'emprunt, réemplois et réfections diverses qui caractérisent la poétique de l'intertextualité. Elle l'est même doublement : comme oeuvre, elle est formellement fondée sur les figures de récurrence ;
    Comme espace générique, elle est le lieu privilégié de la tradition, comprise comme mode de transmission d'un message culturel dans un temps donné.
    Au-delà du seul texte, le tissage sémiologique singulier du genre chanson fonctionne comme réceptacle particulier du discours autre et du discours de l'Autre : non seulement la chanson cite, réécrit, voire plagie textes et musiques, mais, chaque performance étant une autre oeuvre, elle investit le champ de la recréation par le jeu des réinterprétations. On a voulu questionner ici l'articulation entre ces présences "autres" et la corporéité de la voix transmise qui reste la visée du discours chansonnier.

  • Que deviennent, au XIXe siècle, les figures traditionnelles des nymphes et muses, images mythologiques d'un rapport à la Création, à la fois chair et esprit ? Poser cette question revient à explorer le vaste problème du sens de l'art au XIXe siècle et, plus précisément, à étudier l'émergence d'esthétiques nouvelles.
    Ainsi, le dialogue des siècles et des mouvements peut-il se faire entendre pour nous permettre de lire plus aisément certaines des ruptures et continuités fondamentales de l'histoire littéraire et artistique. À travers les mutations qu'ils imposent à ces allégories, les écrivains et artistes tracent, effectivement, l'histoire esthétique de leur temps. L'ambition de ce livre n'est certes pas de tout dire d'un sujet aussi riche, mais de révéler quelques-uns des rapports capitaux qui s'instaurent, durant un large XIXe siècle, entre le créateur et son art (techniques et modèles), entre l'auteur et son oeuvre, et en définitive, aussi, entre l'artiste et le critique.
    Aussi, tout en plongeant le lecteur au coeur de questions essentielles sur chaque oeuvre ou chaque artiste, l'ouvrage propose-t-il une vision discontinue mais surplombante de l'histoire des mutations esthétiques de cette époque.

  • Ce volume, Violence et Sacré, correspond au troisième grand volet d'une action que le Laboratoire sur l'imaginaire a développée en partenariat avec des centres français et étranger autour de la double question de la Violence et de l'Identité.
    La Violence et le Sacré sont les manifestations de deux composantes constitutives de l'Humain. Dans sa conduite, dans ses créations, l'homme, le seul être vivant conscient de sa finitude, témoigne de ces deux présences en lui, qui le confrontent toutes deux à ce que l'on pourrait appeler les frontières de l'humain : le surgissement d'un au-delà envisagé pour ceux qui ne sont plus et les instincts les plus sombres.
    L'homme est le seul être vivant à se demander ce qui le délimite par rapport à l'animal, à l'univers, à une transcendance. Ces frontières le portent aussi bien du côté du monstrueux que de la sainteté. Cette interaction entre Violence et Sacré a été étudiée par l'anthropologue René Girard: ce livre, qui réunit des contributions de littéraires et d'artistes, veut lui rendre hommage. La recherche du sacré s'exprime aujourd'hui, dans une société en grande partie désacralisée, sous les formes de la création artistique, ce qui révèle toujours son importance tout comme celle de l'imaginaire et des mythes.
    La fragilité de l'homme le porte à la méditation sur sa condition et à l'inquiétude. C'est pour cela qu'il produit de la culture, de l'art, seules voies capables de comprendre, sans rationalisation, une situation aussi extrême et aussi complexe. Ce volume, qui comporte un magnifique cahier iconographique, explore les rapports intimes entre Violence et Sacré à travers les Mythes, les Arts, la Littérature française, la Littérature étrangère, la Société.

  • Considérés comme problématiques, mal dessinés, mal définis, parce qu'en passe de l'être, ou bien ne répondant pas aux critères qui ont été élaborés bien plus tard, les genres littéraires au Moyen Age posent question.
    Les analyses fondatrices de Hans Robert Jauss, qui définissent ou décrivent les genres par rapport à un horizon d'attente historique, ont remplacé l'approche générique, qui était jusque-là purement classificatoire ou taxinomique, par une approche phénoménologique. S'intéresser aux genres littéraires dans les textes médiévaux permet d'en dessiner certes les contours, mais revient aussi, sans doute, à les remettre en question, à cause de leur extraordinaire souplesse, de leur essence hybride, foisonnante ou exubérante, de leur facile propension à s'échapper des carcans normatifs étriqués dans lesquels la modernité tend parfois hâtivement à les enfermer.
    Les nécessaires taxinomies, comme celles qui tendent à organiser les genres, doivent sans doute être constamment remises en perspective, repensées, sinon dépassées. Ce livre voudrait en porter témoignage.

  • Ce volume se propose comme un atelier de réflexion sur un thème d'une complexité extrême, la Souillure, qui sollicite toutes les disciplines des sciences humaines, dans le cadre du LAPRIL propice aux regards qui se croisent et aux voix qui échangent : la création littéraire dans la longue durée, la psychanalyse et l'anthropologie, les traditions orales tout comme les arts visuels.
    Il s'agit d'explorer l'imaginaire de la marque douloureuse : celle qui dénonce, stigmatise et exclut, ou celle que s'inflige l'être obsédé par un événement traumatique, maintenu secret au plus profond de soi, mais toujours susceptible d'être livré aux regards. Honte, culpabilité, violence du stigmate, perception des identités blessées, tous ces affects s'associent et s'entrechoquent. Mais la Souillure se prête également au jeu du leurre, à la manipulation des mots, comme le disait Tartuffe : "Chaque instant de ma vie est chargé de souillures".
    Faute prétendue, marque infligée par les mots et les gestes, purgation d'un espace communautaire dont l'Histoire fut malheureusement scandée, alors que la purification sut prendre parfois la dimension d'une quête de perfection : abordée et scrutée dans ces complexités, la notion de Souillure doit être évaluée en diachronie. Des études de cas, exposées aux côtés d'évaluations philosophiques, pourront se clore sur la force des fonctions mythique et symbolique.
    Tourments de l'espace intime, infamies cruellement imposées, hantise de la faute : la Souillure apparaît de tous les temps, événement paradoxal auquel nulle culture ne peut échapper.

  • Aux parcours vers le souvenir, vers les empreintes, les flux et leurs ruptures, à ces quêtes délicatement cernées par des voix venues d'un horizon pluridisciplinaire, succède un nouvel ensemble de contributions qui s'attachent aux textures des mémoires collectives. Ce deuxième colloque que le LAPRIL consacre au Temps de la mémoire conforte la richesse et la portée du thème exploré : en associant le secret des mémoires individuelles au souci des mémoires partagées, il se révèle pourvu d'une belle cohérence. Soi et les autres : les problématiques sont d'une vive actualité et déborderont sans nul doute le cadre des colloques. Fertilisant de futurs échanges, leur fonction essentielle s'affirme largement dans les croisements de moissons issues des diverses cultures. Ainsi le LAPRIL prouve-t-il la fécondité de l'interdisciplinarité et de l'interculturalité, l'importance d'une anthropologie de la mémoire et de ses racines, en éclairant les processus mémoriels qui engagent le Moi et l'Autre.

  • Des oeuvres majeures de la littérature (de La chanson de Roland à En attendant Godot) peuvent dévoiler de nouvelles et fort décapantes significations si on les éclaire par la théorie de Régis Debray sur le caractère religieux de l'inconscient collectif : les collectivités organisées n'existent pas sans une référence sacralisée et celle-ci détermine chez leurs membres un sentiment d'appartenance qui déjoue la logique ordinaire.
    C'est ce qu'établit à partir de maints exemples historiques La critique de la raison politique (Gallimard, 1981). Sur un mode esthétique, les oeuvres littéraires ici choisies, narratives ou théâtrales, rendent compte de ces logiques d'agrégation ou de dislocation sociale abordées jusque-là sur le mode de l'analyse anthropologique. Ainsi la pertinence de l'intuition propre aux oeuvres littéraires et la justesse de l'examen conceptuel se confortent mutuellement pour mettre en lumière les zones les plus sensibles quoique volontiers occultées de notre existence collective.
    Nos journaux nous en rappellent chaque jour, à notre grand dam, la virulence autant que la déconcertante permanence.

  • Voix venue d'ailleurs, la parole immigrante, jusque là sporadique et aléatoire, acquit dans le Québec des années 1980 une légitimité l'autorisant à se prévaloir du statut de courant littéraire bien propre à revivifier une littérature nationale qui s'épuisait. Tenue d'innover sous peine d'extinction ou d'assimilation, cette "écriture migrante" s'y employa et fonda son esthétique sur une hybridité conçue comme la forme littéraire de l'instabilité conceptuelle inhérente à tout phénomène migratoire. Mais au delà de ses apports thématiques, génériques et langagiers, le mouvement a une véritable portée herméneutique car, en donnant force et lisibilité à des motifs inscrits en creux, il offre un code d'accès à la littérature québécoise traditionnelle dont il partage certaines préoccupations parmi lesquelles les notions d'exil et d'altérité, l'insertion dans l'Histoire ou encore l'attention portée au transculturel.
    Pour cerner les principales lignes de force de l'écriture migrante, les contributions des participants au colloque international organisé sur ce thème par Marc Arino et Marie-Lyne Piccione à Bordeaux en décembre 2005 proposent en premier lieu une réflexion d'ordre théorique, puis abordent les figures du déplacement, du dédoublement et du travestissement que cette écriture motive, avant de s'intéresser à l'exil et à la quête identitaire qu'implique toute migrance.

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